Julien BOULIER - MUSIQUE


Alexandre Desplats, compositeur de musique de films [Publié le 2004-04-12 19:21:28]



Cet article révèle notamment pourquoi avoir adapté la chanson Le Vent de Georges Brassens devenue l’instrumental Si Par Hasard pour le thème principal du film

Alexandre DESPLAT

LA FOLLE JOURNEE D’ALEXANDRE DESPLAT !

Par Pascal Henry

C’est l’histoire d’une de ces journées-là . Elle commence à huit heures du matin et se termine à six heures le matin suivant. Quatre individus - Maurice Degombert, Marie-Laure, Luis Del Sol et Hortense Lassalle - vont subir une somme exagérée de contrariétés, d’ampleurs variées sur l’échelle des contrariétés. Certains d’entre eux se connaissent, d’autres vont être amenés à se croiser par hasard... Ainsi se résume REINE D’UN JOUR, le dernier film de Marion Vernoux ,o๠Karin Viard excelle une fois de plus. Roi d’un jour, Alexandre Desplat nous revient par la grande porte. Pas complètement sorti indemne de la nostalgie de ses précédents travaux, le compositeur nous propose aujourd’hui une partition qui mêle habilement la fusion de plusieurs genres, de la mélodie d’une chanson de Georges Brassens - Le Vent - jusqu’aux fanfares à la Nino Rota ! Une fois de plus, le compositeur des musiques des films de Jacques Audiard nous explique ses choix et, en les revendiquant pleinement, il continue de progresser parmi les grands compositeurs sur qui les cinéastes français devraient, plus que jamais, compter.

DtD) Comment travaillez-vous avec Marion Vernoux, que vous retrouvez une nouvelle fois après LOVE ETC ? AD) La complicité qui s’est installée entre nous, la confiance aussi, nous permettent à la première lecture du scénario de confronter nos idées esthétiques dans un pur élan créatif. Cela nous permet donc de chercher ensemble le meilleur discours musical possible. La durée représente un atout incontestable dans la relation entre un compositeur et un metteur en scène.

DtD) Pourquoi avoir adapté la chanson Le Vent de Georges Brassens devenue l’instrumental Si Par Hasard pour le thème principal du film ? AD) Marion, qui est très férue de chanson française, souhaitait que nous en adaptions un standard. Nous avons passé en revue des titres de Charles Trenet, Jean Sablon, Henri Salvador,... jusqu’à ce que Marion choisisse Le Vent de Georges Brassens. Nous nous sommes vite rendu compte que les paroles de cette chanson s’apparentaient à une poésie étrange. Cela ressemblait à une ancienne comptine remplie d’expressions désuètes et avec de nombreuses visions qui nous ramenaient au thème du film. Une fois ce choix fait, le pari consistait à intégrer cette chanson à la partition. C’est alors que je me suis souvenu que Nino Rota, dans AMARCORD, avait intégré de manière subtile la chanson Stormy Weather à sa composition. Je trouvais ce procédé tout à fait valide puisque j’avais Nino Rota en exemple ! Je me suis donc basé sur la mélodie de Georges Brassens pour la malaxer et la transformer en rumba, en valse,...

DtD) Comment s’est passée votre collaboration avec Catherine Ringer, est-elle intervenue en ce qui concerne les arrangements ? AD) Une fois que nous étions d’accord avec Marion Vernoux sur le concept global de la musique, je lui ai proposé d’utiliser une fanfare avec un soliste tzigane et des tablas. Je me suis alors attelé à l’arrangement de la chanson, qui faisait partie intégrante du processus. Catherine Ringer a été la première personne à laquelle nous avons pensé parce qu’elle possède la voix et l’énergie pour lutter contre le volume d’une fanfare déchaînée. De plus, elle a une vaste culture musicale puisqu’elle a déjà chanté des oeuvres contemporaines, de la pop et ce parfum oriental que nous souhaitions justement intégrer à la partition. Catherine Ringer n’est pas du tout intervenue sur les arrangements qui représentaient un choix esthétique préalable, ce qui ne l’a pas empêchée de prendre beaucoup de plaisir sur l’interprétation !

DtD) Pourquoi, dans Marie Court, avez-vous choisi de décrire la vie trépidante d’une journée parisienne par les notes d’une fanfare ? AD) Nous avions déjà utilisé une petite fanfare sur LOVE ETC pour les scènes du mariage et du square. Cette couleur convenait parfaitement au patchwork virevoltant du film, la clarinette tzigane un peu arabisante nous gardant la lisière de la mélancolie que nous ne voulions jamais oublier.

DtD) Cette même fanfare sait se faire beaucoup plus sentimentale avec cette clarinette arabisante et aussi cet aspect italien qui rappelle Nino Rota dans Le Bubus De Luis et le Boléro De Luis ? AD) La fanfare constitue un groupe instrumental que l’on retrouve dans presque toutes les cultures. Entre dix-sept et vingt-cinq ans, j’ai joué beaucoup avec les fanfares des beaux-arts de la grosse caisse, du tuba, du piccolo. J’adore le son et la puissance incroyable de la fanfare, qui peut également par le jeu des nuances et des sourdines être d’une grande douceur. Et, puisque nous évoquons Nino Rota, il faut préciser qu’il n’a utilisé la fanfare que deux fois, dans LES CLOWNS et dans HUIT ET DEMIE. J’ai toujours aimé écouter depuis cette époque des beaux-arts les lents paso-dobles des corridas, les processions du Sud de l’Espagne et de l’Italie et, à ce sujet, je vous renvois au film de Roberto Rossellini VOYAGE EN ITALIE. Tout çà , ainsi que les fanfares anglaises et de l’Europe de l’Est font partie des choses qui m’ont nourri, au même titre que beaucoup d’autres musiques.

DtD) Que pouvez-vous nous dire sur le Rendez-Vous Manqué, un charmant morceau doux et orchestral ? AD) Le rendez-vous manqué de Jane Birkin et Victor Lanoux correspond au point d’orgue final de leur rencontre en flash forward. C’est à dire, qu’à l’inverse d’un flash back, Victor Lanoux imagine ce que pourrait être leur rencontre dans le futur. Il s’agit de l’unique pièce avec des cordes car nous souhaitions que ce moment poétique soit comme une parenthèse vraiment différente, une plage douce et lyrique.

DtD) Une des grandes réussites de cette partition, c’est Victor Et Jane, un thème nostalgique qui prolonge admirablement LES PORTES DE LA GLOIRE. Comment avez-vous travaillé les trois versions de ce thème ? AD) Les trois flash forwards dont nous avons précédemment parlés sont illustrés littéralement par le même thème décliné. Pour les années 60-70, je l’ai arrangé d’une manière easy-listening ; pour les années 70-80, j’ai utilisé un rythme scandé un peu post disco avec des cordes régulières et, pour les années 80-90, j’ai voulu qu’il soit new age et planant.

DtD) Nous avons trouvé votre musique pour SUR MES LEVRES très intéressante. Sachant que Jacques Audiard est le compagnon de Marion Vernoux et que les deux films sont sortis presque simultanément, pourquoi n’avez-vous pas inclus cette musique assez courte sur le disque de REINES D’UN JOUR ? AD) J’ai écrit et enregistré beaucoup plus de musique qu’il n’y en a dans le film mais, malheureusement, le disque n’a pas pu se concrétiser. Néanmoins, cette musique figurera prochainement sur une compilation qui regroupera les musiques que j’ai composées pour les trois films de Jacques Audiard.

DtD) Quels sont vos projets ? AD) NID DE GUEPES, un film de Florent Emilio Siri qui devrait sortir en mars 2002 et qui comportera essentiellement de la musique symphonique avec des choeurs. Seul le générique de fin a été écrit en collaboration avec Akhenaton.

Remerciements particuliers à Alexandre Larue (Delabel) & Marie-Christine Damiens

REINES D’UN JOUR / Alexandre Desplat Delabel 7243 8114322 3 / 45:49

A peine a-t-il passé les portes de la gloire qu’Alexandre Desplat retrouve la réalisatrice Marion Vernoux à travers les déambulations de quelques individus, pris au hasard, sur une période de vingt-quatre heures. Le spectateur est donc invité à partager, pendant cette journée, leurs joies, leurs désillusions et parfois leurs peines sentimentales. A cette image, Alexandre Desplat a composé une musique souvent joyeuse, presque populaire, en utilisant régulièrement une fanfare qui n’est pas sans rappeler celles qu’utilisaient Nino Rota, o๠les cuivres appuient les spécificités de la vie parisienne (Marie Court), les origines de certains personnages comme Luis (Le Bubus De Luis). Une large partie de la partition se trouve basée sur la mélodie d’une chanson de Georges Brassens (Le Vent) complètement réorchestrée et arrangée par Alexandre Desplat pour la voix très populaire de Catherine Ringer, qui se mêle parfaitement à cette ronde des coeurs brisés. Le morceau principal, Reines D’Un Jour, reprend ce motif sur un rythme plutôt lent et une harmonie légèrement arabisante. Plusieurs thèmes soulignent de façon différente les maux de ces hommes et de ces femmes. Cela se fait parfois de façon purement orchestrale (Rendez-Vous Manqué), ou sur un ton plus sombre et urbain (Pierre Et Son Chien) ou encore sur un rythme dansant (Boléro De Luis). Enfin, signalons cette superbe mélodie qui souligne, en trois variations, le parcours d’un couple de stars de télévision qui se retrouve vingt ans plus tard. Une fois encore, Alexandre Desplat montre son talent d’illustrateur de différentes époques. Il continue donc de nous émouvoir et, en brassant différents styles et cultures musicales, il parvient à nous surprendre à travers une partition passionnante, proche du quotidien, et aux mélodies toujours justes. Encore une belle réussite, en attendant son prochain voyage dans un nid de guêpes. Pascal Henry


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