Julien BOULIER - MUSIQUE


J’ai descendu dans mon jardin [Publié le 2004-07-23 15:39:39]



par Martine David et Anne-Marie Delrieu

"J’ai descendu dans mon jardin (bis) Pour y cueillir du romarin. Refrain Gentil coquelicot, mesdames Gentil coquelicot nouveau. J’en avais pas cueilli trois brins (bis) Qu’un rossignol vint sur ma main. Il me dit trois mots en latin (bis) Que les hommes ne valent rien Et les garçons encore bien moins Des dames il ne me dit rien Mais des demoiselles beaucoup de bien. " La chanson fait partie du recueil Chansons et Rondes enfantines, publié en 1846 par Du Mersan, qui dit l’avoir entendue dans les squares de Paris. Le refrain "Gentil coquelicot, mesdames, gentil coquelicot nouveau" serait une invention des Parisiens... à moins que l’auteur inavoué n’en soit Du Mersan lui-même. Le thème de la belle qui descend au jardin et y entend le rossignol, court à travers les siècles dans bien des chansons françaises. La chanson-mère de ce répertoire est une chanson de toile du XIIème siècle, oubliée de la mémoire populaire, Belle Aelis. Main se leva la bien faite Aelis Vos ne savés que li lousegnols dit. Il dist c’amours par faus amans perist. Voir se dist li lousegnols Mai je di que cil est fols Qui d’amor se veut partir. Et pour çou que j’ai bone amor Keudrai la violette au jour Sons la raime. Bien doist quellir violette Qui par amours aime. Le rousegnols nos dit en son latin : Amant aimés, joie arés a tous dis Et qui d’amer se repent Ne peut joie recouvrer Si s’en entra la belle en un gardin Li rousegnols un sonet li a dit : Pucele, amés, joie arés et delit. Traduction : De bon matin se leva la bien faite Aelis Vous ne savez ce que dt le rossignol, Il dit qu’amour périt par les amants trompeurs C’est ce que dit le rossignol, Moi, je dis qu’il est bien fou Celui qui amour veut fuir Et, parce que j’ai bonne amour, Cueillerai la violette au jour Sous la ramée. Qu’il cueille la violette, Celui qui aime d’amour Le rossignol nous dit en son latin : Amants aimés, joie aurez à tous deux Qui sait aimer, joie attend ; Qui d’aimer se repent Ne peut joie retrouver. Ainsi la belle entra dans un jardin, Le rossignol un sonnet lui a dit : Demoiselle, aimez, joie et délices aurez. Les trois thèmes qui se répondent dans cette longue chanson - le jardin, la cueillette et le rossignol- vont s’ordonner plus tard dans d’autres chansons, comme en des versions simplifiées de Belle Aedis. Toutes commencent là où finit Belle Aedis : au moment où la belle descend au jardin. Ce sont par exemple deux textes d’un manuscrit florentin du XVème siècle : Un bien matin me levay En un giardin m’en entray... et aussi Ge me levay un matin, Ay loin, loin ; Intray m’en aen un giardin... une chanson du Recueil des plus beaux airs de Mangeant, en 1615 : Je me levai par un matin La fraîche matinée Je m’en allai à mon jardin... et dans les Rondes de Ballard, en 1724 : Me suis levée par un matin Amour tu n’entends point M’en suis allée dans mon jardin Une version recueillie dans le Vivarais commence ainsi : J’ai pris la clé de mon jardin... L’instant de la cueillette devient essentiel : il prélude à un message amoureux. Le nom des fleurs cueillies varie ; leur nombre est souvent fixé à trois. Manuscrits de Florence du XVème siècle : Un ciapelet (petit chapeau) en ferai et Pour culhir la violeta Recueils de Mangeant : en 1602 Pour ceuillir la soucie Je n’en eux pas cueilli trois brins et en 1615 : Pour cueillir giroflée Et giroflée et romarin Lavande cotonnée ... Las, je n’en cueillis pas trois brins Ballard, 1724 : Pour y cueillir du romarin Je n’en eus pas cueilli trois brins Quant au rossignol, il est parfois pris comme messager entre la belle et son ami : Un ciapelet en ferai A mon ami la derai. Par chui lo li tramettrai ? Par le rosinholet gai. J’en ferai un petit chapeau A mon ami le donnerai. Par qui le lui transmettrai-je ? Par le gai rossignolet. (Manuscrit de Florence, XVème siècle) Son rôle a quelque peu changé, depuis Belle Aelis. Il exaltait alors l’amour courtois, dans l’un des refrains : Fin amour loyal Est bon à maintenir. Et pour avoir su aimer Amie ai à ma ma volonté. Tant me plaît le déduit d’amour. Si j’avais nuit sans amour Je voudrais mourir au jour. Désormais, il est, le plus souvent, un conseiller désabusé. Le fin amour n’est plus. Son code subtil laisse place à une méfiance désenchantée : Le doux rossignol y vint Qui me disait en son latin : "Fille, croyez-moi, n’aimez point Car les garçons ne valent rien, et les hommes encore moins." (Ballard, 1724) Parfois, la caille remplace le rossignol : La caille dit en son latin Que les hommes ne valent rien. Pour les femmes je n’en dis rien Mais pour les filles, je les soutiens. Dans de nombreuses versions, ce n’est pas le rossignol qui vient, mais l’amant en personne. Ainsi, le recueil de Mangeant en 1602 : Mon ami arrive Lequel me requit d’un baiser. Ne l’osai éconduire. Prenez-en deux, prenez-en trois Passez-en votre envie. ou bien, dans la version du Vivarais : J’ai vu venir mes amourettes Approchez-vous, gentil galant Nous parlerons, deviserons Vous parlerez à votre amante. Très souvent, la chanson prend une tournure polissonne. Chardavoine publie, en 1576, le couplet suivant : Un jour madame Perrette Me mena dans son jardin Ma donna par amourette Un bouquet de romarin, Et autre chose, et tout, Que je n’ose dire, dire, dire, Et autre chose, et tout, Je ne vous dirai meshui tout. La chanson est reprise par Bonfons en 1581. Elle est inscrite au répertoire de Gaultier-Garguille : de Perrette, l’héroïne est devenue Pasquette. En 1602, Launay publiait une chanson leste, dont voici le cinquième couplet : M’amye un soir Etait dans un jardin. S’alla s’asseoir Proche d’un romarin. Là je lui manie les tétins. Un peu à l’écart de ce répertoire populaire, qui aboutit à la ronde enfantine que nous connaissons, il nous faut évoquer une très belle chanson d’amour où le thème de la belle au jardin a conservé toute sa pureté : L’Amour de moi." Martine et Anne-Marie Delrieu dans "Aux sources des chansons populaires". on peut rappeler qu’on peut trouver sur momes.net une version avec paroles et partition à imprimer : [http://www.momes.net/comptines/illu... à imprimer]


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