Julien BOULIER - MUSIQUE


"L’écho divin" [Publié le 2003-11-28 18:51:10]



L’écho divin. "L’écho est sans doute l’expérience sonore la plus fondamentale et l’une des plus anciennes qu’ait vécue l’être humain. De cette première expérimentation physique - l’émission de sa propre voix et la réponse qu’elle suscite - découle l’exploration des phénomènes de résonance naturelle par son propre corps, puis à travers d’autres corps, dans l’environnement immédiat, soit en plein air, soit en lieu fermé.Conjointement au phénomène « musical » ainsi créé se fait jour une première démarche spirituelle, puisque cette « réponse », non explicable scientifiquement, émane de la nature, d’un ailleurs inconnu et imprévisible non encore apprivoisé. Ainsi l’élan spirituel, latent dans tout humain - par essence doté d’un esprit - naît et se cultive à partir de l’émission de sons. L’écho de sa voix, interprété comme une réponse divine, va donner lieu à l’édification d’un système de croyances auquel sont associés les éléments en présence dans la nature, montagnes et vallées, rochers, arbres et feuillages, vent et nuages, pluie, tonnerre et foudre, bref, tout ce qui répercute l’écho d’une part, tout ce qui parle et bruit d’autre part. Ce qui est capté par les yeux s’anime par le son qu’il émet et tous les éléments de la Création se voient animés d’un souffle de vie qui les rend aptes à communiquer avec l’humain. L’homme semble donc dès l’origine doué d’une faculté de création qu’il exploite pour trouver l’être supérieur et l’inciter à lui répondre, il communique ainsi avec une autre dimension. A l’évidence la dimension sonore, qui est - avec le visuel- l’une des premières prises de conscience de l’être humain, ne peut être dissociée à l’origine de l’aptitude de celui-ci à identifier et édifier, selon les moyens dont il dispose, un système de croyances. Plus que tous autres, les peuples dits primitifs sont à l’écoute de la nature et modèlent sur elle leur vie et leurs attitudes. Leur sensibilité, à cet égard, est sans commune mesure avec celle des peuples dits évolués, qui ont perdu, comme l’adulte perd son âme d’enfant, leur faculté d’attention et leur ouverture à un mode de pensée non raisonnée. Cette pensée sauvage, élaborée à partir de tâtonnements, les rapproche des phénomènes immédiatement appréhendables de l’ordre naturel, sans les enfermer dans une élaboration scientifique qui conduit inéluctablement à une volonté de domination et d’appropriation. Une telle cohésion implique une démarche profondément respectueuse envers ces phénomènes naturels, sans que cette attitude soit forcément gouvernée par la peur ou la soumission : ce qui domine est plutôt une volonté d’harmonie où l’être humain s’insère dans la nature à sa juste place et maintient de son mieux un équilibre entre les forces que sont le ciel et la terre." Lucie Rault, "Les instruments de musique du monde", éditions Lamartinière.

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