Julien BOULIER - MUSIQUE


"La grotte sonore" [Publié le 2003-11-28 18:46:25]



La grotte sonore "La carte des résonances distingue ainsi un certain nombre de lieux favorables à l’émission ou au renvoi du son. D’autres endroits se caractérisent par une modification ou une amplification sonore allant jusqu’à la saturation acoustique. Enfin certaines zones, générant ou prolongeant le son delon des vecteurs d’harmoniques. Il se trouve que les points sonores particuliers ainsi repérés et notés sur un schéma acoustique de la grotte se superposent étonnamment avec une carte établie à partir des données picturales. La plupart des endroits favorables à l’émission sonore correspondent en effet à la proximité d’une image peinte sur la paroi. En des lieux particulièrement privilégiés pour leur sonorité comme la niche du Camarin de la galerie Breuil, au Portel, le moindre souffle émis résonne de telle façon qu’on est induit à produire des sons graves, semblables à des meuglements, qui retentissent dans toute la galerie de façon impressionnante : or les décors de cette niche sont aussi exceptionnels que les sons qui en émanent, rassemblant en ce seul lieu la figuration de la plupart des espèces représentées dans la grotte.A contrario, le reste de la galerie Breuil présente de nombreuses niches à la fois sans résonance et sans figures ni signes. Un autre endroit privilégié se trouve à l’extrêmité de la galerie Régnault, d’où¹ résonnent toute la galerie dans son ensemble - là où sont figurés des chevaux sur la paroi - et la galerie suivante sur plus de cent mètres où s’accumulent les représentations. Une question se pose : ces parois ont-elles été choisies en vertu des qualités acoustiques de leur emplacement, afin de valoriser l’image par le son, ou le son en lui-même était-il suffisamment important pour donner lieu à une image ? Si les deux hypothèses ne s’excluent pas l’une l’autre, l’incertitude demeure. Restent les endroits où les marques sur les parois ne peuvent correspondre qu’à des données sonores : on a ainsi pu déterminer des points acoustiques signalés sur la paroi en fonction du son - l’expérience se faisant à l’aveugle, dans le noir, avec le seul son pour guide, afin de déterminer les emplacements sonores supposés, emplacements que l’on retrouve effectivement marqués, souvent par un simple point rouge lorsqu’une figure plus grande n’est pas envisageable. Un plan détaillé a été établi de la grotte du Portel, situant avec précision les lieux sonores et les marques, points et images qui y correspondent , avec le descriptif complet des différentes galeries - Jeannel, Jammes, Régnault et Breuil. Parmi les animaux représentés dans la galerie Jeannel, on note la présence d’une chouette qui apparaît à l’issue d’un couloir rectiligne où prédominent le la, correspondant à l’image d’un bison, puis le sol, marqué par des bâtonnets courts et des ponctuations noires, à nouveau le la, signalé par la chouette, suivi d’un sol avec la figuration d’un cheval, et une dernière fois un la avec un boviné : la succession des dessins suit donc l’oscillation la-sol-la-sol-la. Dans la galerie Jammes, à l’entrée de la galerie des Chevaux, l’apparition de la résonance la, quinte supérieure du ré, note fondamentale de cette galerie, est marquée sur la gauche par une ponctuation rouge et sur la droite par la figuration d’un petit cheval, rouge également.Un panneau représentant cheval, capriné et cervidés correspond au passage au sol en progressant vers le fond de la galerie, jusqu’à un noeud sonore essentiel situé dans un espace central de résonance où sont visibles un grand signe rouge, un cheval anamorphosé et un personnage ithyphallique. Des ponctuations rouges et des figures multiples décorent le fond de la galerie, où domine la résonance ré à l’octave supérieure, cette résonance se prolonge sur 115 m, jusqu’à la galerie Jeannel, où elle prend fin nettement devant la représentation de la chouette. Les lieux de résonance sont justement ceux où se concentrent les peintures : des relations harmoniques d’octave ou de quinte relient les divers points sonores et les peintures pariétales, exception faite d’une tierce (fa dièse) figurée dans une niche par le dessin d’un poisson, animal rare dans l’art rupestre. Les recherches effectuées ont pu aussi déceler l’existence de « portes » sonores - comme celle qui est marquée par la chouette, animal doté comme l’on sait d’une ouïe extraordinaire - ouvrant des espaces d’images à leur suite.Sans doute faudrait-il se pencher sur le rôle symbolique de ces figurations animales par rapport aux résonances qui s’y perçoivent. En ce qui concerne la galerie Régnault, les résonances ne commencent qu’à partir de la première alcôve dans laquelle apparaissent les premières images : des animaux acéphales correspondent à l’émergence du mi, un cervidé acéphale coïncide avec l’apparition du fa, puis un bison tombant et une tête de bovidé avec celle du si. Plus loin, un goulot étroit résonne en ré de façon prolongée : là , sur la voûte, on distingue un point rouge qui ne peut être qu’un signe spécifiquement sonore. Vers le fond, lorsque la galerie se resserre, les figurations se succèdent au rythme d’un autre réseau de résonnances : le ré et le sol sonnent particulièrement, jusque dans la galerie Jammes, et tout spécialement devant le personnage ithyphallique. On remarquera, en ces lieux de forte résonance, la présence de nombreuses figures anthropomorphes. Les mêmes investigations, menées à Niaux, ont également prouvé que les lieux particulièrement sonores correspondent à des images, certaines marquant de façon significative des emplacements où le son perdure pendant plusieurs secondes. On peut donc en conclure que le choix des emplacements de figures semble avoir été fait en grande partie en fonction de la valeur acoustique de ces emplacements. En effet, des parois entières restent parfois vides lorsque l’espace correspondant, si vaste soit-il, ne résonne pas. A l’inverse, des lieux de résonance sont marqués et peints même si leur configuration ne s’y prêtte que difficilement. La grotte devait être ressentie par ces hommes de la préhistoire comme un organisme vivant, a fortiori si l’espace était exploré dans la pénombre. Cette dimension surnaturelle des lieux devait être perçue à travers l’impressionnant retentissement de la caverne, puis soulignée par l’image qui devenait alors évocation de l’entité représentée et procédé magique, de par sa présence suscitée en ces deux dimensions." Lucie Rault


grotte du Salon Noir (Arrège)


"Peintures pariétales paléolithiques ornant le Salon noir de la grotte de Niaux (Ariège). - - L’emplacement de ces peintures correspond à des lieux où la résonance du son est particulièrement intense et prolongée" (légende de Madeleine Leclerc)




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