Julien BOULIER - MUSIQUE


"La voix et son double" [Publié le 2003-11-28 18:44:46]



La voix et son double "Sans doute les populations du Paléolithique ont-elles expérimenté ces phénomènes de résonance à la voix, dont les vibrations perdurent mieux que toute autre manifestation sonore, surtout dans les tonalités graves. La pratique vocale primitive rudimentaire consiste en l’émission des voyelles a, o, ou le fredonnement, bouche fermée, sur mm ou sur hm : les peuples de la préhistoire devaient en faire usage instinctivement, en particulier en milieu acoustique privilégié où le moindre son, même émis faiblement, s’intensifie ou se prolonge. Les intervalles consonants tels que l’unisson, la quarte ou la quinte - ré-sol-, -ré-la- devaient être à la base des mélodies les plus simples, établies sur l’ambitus le plus réduit. Grâce à la résonance et aux harmoniiques renvoyés, ces sons prenaient une ampleur plus étoffée et une couleur particulière selon la conformation des lieux, cette répercussion des sons servait également à guider la voix qui cherchait à les reproduire et élargissait de ce fait l’ambitus initial. Les voix graves suscitent une résonance plus profonde et plus spectaculaire et, de ce fait, le choix des sons produits par les premiers instruments s’est fait sur le même modèle. Leur sonorité reproduisait de préférence une voix grave ou une voix amplifiée, telle que la renvoyait la grotte. On a donc dans les deux cas un phénomène de dédoublement de la voix, à la fois celle émise naturellement par l’homme et renvoyée par l’environnement, puis celle reproduite par l’instrument, créé pour tenter de capturer cette voix « autre » et la maîtriser. Le principe de la résonance étant acquis, compris et utilisé par l’homme primitif, il lui restait à adapter cette loi physique à d’autres éléments matériels. Ce dédoublement lui-même, en impliquant l’appel et la réponse, permet une distance vis-à -vis de l’humain et de sa condition, qui conduit à une dimension spirituelle. En tâtonnant dans les corridors obscurs des cavernes, l’homme préhistorique a exploré le son non seulement dans sa dimension acoustique, mais aussi selon l’effet des vibrations sur le corps tout entier et, à travers lui, sur l’état d’âme. Fort de sa compréhension du phénomène sonore, il a pris conscience du pouvoir créatif contenu dans le son : en reproduisant en images les animaux environnants, il leur a inculqué une voix, les rendant vivants et tangibles, il les a animés tout en les mettant à sa portée et en son pouvoir. Il a compris que tout ce qui vibre ou que l’on fait vibrer est doué de vie et s’est ingénié à exploiter ou créer des objets vibrants mais aussi des lieux où vibre la voix, communiquant ainsi directement avec une dimension supranaturelle, extérieure à lui ou avec celle qu’il pressent en lui-même." Lucie Rault

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