Haies vives
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Editions « Le dé bleu » « L’idée bleue »
« Ecrire, c’est creuser dans du noir »,
ces vers de Guillevic, Véronique Joyaux aurait pu les mettre en exergue à ses « Haies vives », car elle creuse sans arrêt dans la matière brute de la vie. Il lui faut « tenter de dire ce qui est essentiel » avec les mots de tous les jours. Il s’agit pour elle de sentir plus loin et plus profond notre domaine terrestre et de le sublimer. C’est ainsi qu’elle trouve les mots et les assemblages de mots qui correspondent à cette chose secrète, ombreuse qu’elle porte en elle. Elle parle pour « sauver les mots ». Les choses de la vie, le pain, les arbres, le fleuve, en sont transfigurés et on s’attachera en particulier à ces évocations de sa maison,
« La maison est ce feu allumé dans le méandre du fleuve… La maison est ce vaste nous-mêmes devant nous étalé une bulle d’air dans la pierre »…
Une maison onirique tout à fait bachelardienne. »
Odile Caradec
Véronique Joyaux est née en 1953, à Nantes. Elle est enseignante à Poitiers et auteur de poèmes et nouvelles. Elle s’adonne également à des compositions textiles (broderies calligraphiques). Elle aime/souhaite travailler avec des plasticiens et des photographes.
Véronique Joyaux, dans « Haies vives », extrait de « poèmes pour un tissage »
Editions « le dé bleu » « l’idée bleue »
« Et je marcherai encore
Jusqu’au bout de moi-même
Portant cette parole comme un souffle
J’ouvrirai les portes de la mer et les pages du vent
Familière des confins.
Ample sommeil de ma ville la nuit
J’écoute la pluie interminable
Je rôde par les rues j’efface mon ombre
Les allées avancent sous les arbres
Et comptent les heures
Je suis seule éparpillée dans moi-même
Je viens de l’oubli et retourne au silence.
Un cri d’oiseau épelle ton nom
Toi l’homme à la pudeur profonde
Tu te tiens à l’abri
Tu n’écris pas avec l’encre du ciel
Tu ne marches pas à découvert
Et pourtant je viens vers toi
La peau lisse le geste offert
Avec ma soif infinie.
Souvent je me parle à voix basse
Immobile dans l’insomnie
J’emporte les heures en mon sillage
Le limon fertile de la nuit
Je suis sans nouvelles de toi.
Vivre l’instant jusqu’au bord
Dans la déchirure ou l’éblouissement
Vivre un jour de haute cime
Toucher au plus près le feu
Je veux l’intense je veux l’extrême
Je veux aussi la douceur.
Sous l’arche des frênes
Le murmure des voix
Des rides de lumière
Le tremblement des ombres
Un espace où se répandre
L’horizon noyé de ciel
Et l’étreinte glacée du vide.
Adret du corps aux pentes douces
Vaste poitrine où se poser
Jambes longues où s’égarer
Plaine d’avant le jour
Je donne forme à ton sommeil »
Véronique Joyaux, dans « Haies vives », extrait de « poèmes pour un tissage »
Editions « le dé bleu » « l’idée bleue »